JE COMPRENDS CE QUI SE PASSE
Comportementaliste et cognitiviste, Jacques Fradin (Docteur en Médecine) apporte un nouveau regard scientifique sur le stress. Il vous aide à mieux le comprendre pour vous en libérer.
LE STRESS MODERNE EST SUBJECTIF
A l’origine, le stress est un signal utile et nécessaire pour sauver sa vie lorsqu’il y a danger. Il suffit d’observer les animaux sauvages pour s’en rendre compte. Comme eux, lorsque nous sommes en péril, le signal stress nous permet de fuir ou de combattre le danger. Sauf que, dans nos sociétés modernes, nous ne sommes pas quotidiennement en danger de mort. Et pourtant, nous sommes plus stressés que jamais ! C’est un stress subjectif mais bien réel, explique Jacques Fradin. Par exemple, au travail, l’origine du stress peut varier d’une personne à l’autre : angoisse de ne pas savoir faire, sentiment d’être méprisé, de ne pas avoir assez de temps.
A la fin de ses études de médecine, Jacques Fradin travaillait en réanimation. Il y côtoyait des personnes qui avaient frôlé la mort et il voyait souvent que leur stress s’était atténué. Elles allaient mieux, durablement, alors que leurs problèmes d’avant n’avaient pas changé ! Elles semblaient en fait avoir pris du recul… Leur stress antérieur était donc bien subjectif !
LE STRESS EST LIE AU REFUS DE LA REALITE
Les thérapies cognitives, mais également certaines traditions orientales, ont bien montré que le stress psychologique est lié à une incohérence interne, une forme d’irrationalité. Cette incohérence mène à refuser le monde tel qu’il est, à ne pas accepter sa réalité, ce qui est aussi absurde que l’enfant qui se roule par terre en refusant l’évidence, ce que les adultes nomment un caprice. La plupart du temps, lorsque nous ressentons le stress, nous ne percevons même pas cette irrationalité.
DES ORDINATEURS EN RESEAU DANS NOTRE CERVEAU
L’hypothèse de Jacques Fradin, issue des neurosciences, c’est que l’incohérence résulte d’un conflit entre deux grands territoires du cerveau:
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Il y a, d’une part, les territoires des automatismes et des émotions autour du cortex limbique. Ils utilisent et reproduisent ce qui marche, ce qui est sûr et éprouvé.
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Il y a, d’autre part, les territoires du néocortex préfrontal, chef d’orchestre de notre intelligence humaine et de notre mode mental adaptatif. Cette partie de notre cerveau invente des solutions nouvelles, crée et s’adapte à la réalité. Mais lorsqu’elle envoie ses messages au cortex limbique, situé au cœur des mécanismes de la conscience … ce dernier dénature souvent ou bloque ses messages, les empêchant ainsi d’accéder à notre conscience. C’est un peu comme si on avait mis en réseau un ordinateur récent et puissant (le néocortex préfrontal) avec un vieil ordinateur ralenti (le cortex limbique)… On imagine bien que ce dernier dégrade ou même « plante » l’information qu’il reçoit. Le néocortex préfrontal réagit alors par un signal d’alerte qu’il envoie aux territoires les plus anciens de notre cerveau (les territoires « reptiliens »), qui déclenchent le stress. Ça crée des perturbations… et des symptômes de stress.
DES HYPOTHESES CLINIQUES CONFIRMEES PAR LA SCIENCE
Jacques Fradin explique que les personnes qui subissent une destruction accidentelle du néocortex préfrontal (accident de moto par exemple) ne connaissent plus le stress d’anticipation. Par contre, elles s’affolent devant le moindre imprévu qu’elles ne peuvent pas gérer car elles ne peuvent plus s’adapter, changer de vision et de stratégie. Une autre preuve est par exemple donnée par l’imagerie cérébrale, comme l’IRM. Nous pouvons « voir » l’activation des territoires du stress par le préfrontal. De même il a été montré qu’en situation de diverses thérapies cognitives, le néocortex préfrontal est activé !
Partant de quelque chose qui nous concerne tous, le stress, nous découvrons peu à peu le fonctionnement intime de notre cerveau et nous ouvrons la porte à une nouvelle approche très accessible de gestion du stress : la Gestion des Modes Mentaux*. Rien que cette idée apporte déjà sa part de sérénité…
*« L’intelligence du stress », Jacques Fradin, Ed. Eyrolles, 2008.

